Biographie

 

Ce qui frappe d’abord, c’est cette élégance rare. Caractéristique qu’on peut autant appliquer à l’homme qu’à sa musique. Rien de trafiqué dans l’attitude de David Assaraf. Chez lui, une certaine retenue contrebalancée par un humour salvateur. Il y a aussi cette culture – à la fois solide et ouverte à tous les vents – qu’il n’étale pas pour impressionner son interlocuteur mais qui s’impose au fil de la conversation.

Avant d’être un chanteur à ranger potentiellement dans la catégorie des dandys séduisants, David Assaraf a longtemps été habité par le doute. Pas celui qui provoque l’inertie. Celui plutôt qui débouche sur de saines remises en question. Si son meilleur ennemi ose encore pointer le bout de   son nez, c’est de manière moins pressante. Plus de temps à perdre. Puisque qu’il n’est pas du genre à se retourner sur  le passé, inutile de trop s’attarder sur les indices autobiographiques. Initiation au piano par un professeur italien qui refusa, au cours d’une période obscure de l’Histoire, de divertir Mussolini et son invité Hitler. Bref passage par le Conservatoire de musique de Genève. Désertion de sa Suisse natale et son service militaire pour rejoindre Paris et un amour. Celui-ci n’est jamais venu. Peu importe. Les cours de théâtre et les planches immédiatement sonnent comme une évidence pour lui. Entre deux téléfilms, il écrit et met en scène sa première pièce Pour l’amour de Dieu … ou de Rien. Il n’a que 21 ans. Presque dans la foulée, Ariane Mnouchkine lui ouvre les portes de son théâtre tandis que Didier Bezace le dirige dans une comédie noire (La Version de Browning) saluée par la critique et les Molières. Aussi bien au théâtre que devant la caméra, il continue de tracer son sillon.

Et la musique, dans tout ça ? Elle n’est ni un caprice ni une envie soudaine. Bien au contraire. Ce féru de philosophie n’a jamais cessé d’en jouer. Long processus de maturation. Spectacle à deux voix autour de chansons réalistes. Passages nocturnes dans des cabarets enfumés. Les oreilles sont bien ouvertes. Il décortique méthodiquement  Chopin qui ne cesse de l’accompagner depuis son enfance. Il pense obstinément Brel. Il s’incline devant la mélancolie abyssale de Barbara. Il s’ébaubit du langage pétri d’images et d’argot de Léo Ferré. Il se délecte de la décontraction désinvolte d’un Dutronc. Il salue l’audace de Radiohead. Difficile de reprocher de telles sources d’inspiration. Parallèlement, David Assaraf  poursuit son travail d’écriture. Elans compulsifs. Mécanique obsessionnelle. Partout il se balade avec un petit carnet. Note bouts de phrases, poèmes,  aphorismes. Accumule chansons et mélodies sur son dictaphone.

Passage en studio. Suite aux recommandations d’un ami bienveillant, il enregistre plusieurs titres piano-voix. L’un deux, Sous ordonnance des étoiles,  charme les synapses d’un directeur artistique de maison de disques. Sylvie Vartan s’en empare, élégant duo avec Arthur H figurant sur l’album Soleil Bleu. La presse ne passe pas à côté.

 

Il y a chez David Assaraf un art du contraste qui ravit sur des chansons aigres-douces. Il affectionne les rimes tirées par les cheveux, les assemblages biscornus de mots. Héritage pataphysique? Il fait preuve d’un cynisme pertinent et d’une sacrée aisance dans le deuxième degré. Il mélange allègrement le sel et le sucre.   Ne pas compter sur lui pour prendre des chemins consensuels. Sa voix est grave, profonde, langoureuse.

La mort joue souvent les trouble-fêtes, s’inscrit en trompe l’œil. Elle n’est jamais pesante. Pourquoi? Parce que David Assaraf insuffle à ses chansons une sacrée gueule d’atmosphère.

 

– Patrice Demailly (RFI Musique)

 

 

 

 

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